L’ARBRE QUI A SURVÉCU AU 11 SEPTEMBRE.

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Cette histoire vient d’un autre chapitre sombre de l’histoire de l’humanité. Une horreur récente, dont tous se souviendront, sauf les jeunes enfants. En 2001, quand le World Trade Center a été attaqué, quand les tours jumelles sont tombées, quand le monde a changé pour toujours. J’étais à New York ce jour-là, voyageant avec mon amie et collègue de JGI, Mary Lewis. Nous étions au centre de Manhattan à l’hôtel Roger Smith. Il y a d’abord eu un reportage confus à la télévision. Puis une autre collègue est arrivée, le visage pâle et agité. Elle avait été à bord du tout dernier avion à atterrir avant la fermeture de l’aéroport, et elle avait vu, depuis le taxi, l’avion s’écraser sur la deuxième tour.

Incrédulité. Peur. Confusion. Et puis la ville s’est peu à peu tue jusqu’à ce que nous n’entendions plus que le bruit des sirènes des voitures de police et les cris des ambulances. Les gens avaient fuit les rues. C’était une ville fantôme, irréelle. A certains moments, j’avais l’impression de vivre dans un rêve.

Il s’écoula huit jours avant que nous ne puissions prendre un avion pour repartir. Huit jours pendant lesquels la ville est restée calme et la peur a cédé la place au chagrin, à l’angoisse – et finalement, au fur et à mesure que les faits émergeaient, à la colère. Mary et moi avions rendu visite à nos amis arabes et musulmans, dans l’espoir de les aider à faire face au terrible contrecoup que nous avions prédit contre des centaines d’innocents. Et pendant tout ce temps, nous observions le nuage planer sur ce qui avait été le World Trade Center, et nous pouvions sentir la mort.

Ironiquement, quand Mary et moi sommes finalement parties, nous prenions l’avion pour Portland, dans l’Oregon, où je devais donner une conférence dans un lycée de garçons, intitulée « Raison d’espérer ». Ce fut, sans aucun doute, la conférence la plus difficile que j’aie jamais eue à donner. Car où était l’espoir à l’époque ? Ce n’est que lorsque je parlais, regardant tous ces jeunes visages déconcertés, que je pouvais trouver quoi leur dire, en m’inspirant de terribles événements de l’histoire, racontant comment il avaient été surpassés, comment nous, les humains, trouvons toujours des réserves de force et de courage pour surmonter ce que le destin jette sur notre chemin.

Un peu plus de 10 ans après le 11 septembre, par une matinée fraîche et ensoleillée d’avril 2012, je suis allée à la rencontre du « Survivant », un poirier de Callery, en compagnie de Ron Vega et Richie Cabo. Nous nous étions donnés rendez-vous à l’extérieur du nouveau mémorial du 11 septembre sur ce qui était autrefois connu sous le nom de Ground Zero, et nous avons traversé ensemble les contrôles de sécurité draconiens. J’avais du mal à croire que, finalement, j’allais rencontrer cet arbre incroyable.

Dans les années 1970, ce poirier avait été planté dans une jardinière près du bâtiment 5 du World Trade Center, et chaque année, ses délicates fleurs blanches avaient apporté une touche de printemps dans un monde de béton. En 2001, après les attentats du 11 septembre, cet arbre, comme tous les autres arbres qui y avaient été plantés, a disparu sous les tours effondrées.

Mais étonnamment, en octobre, un nettoyeur l’a trouvé, écrasé entre des blocs de ciment. La découverte a alors été rapportée à Bram Gunther, qui était alors directeur adjoint de la gestion forestière pour le département des parcs de New York, et quand il est arrivé, il a d’abord pensé que l’arbre était irrécupérable. Il avait été décapité et les quelques deux mètres cinquante de tronc qui avaient survécu étaient carbonisés, les racines étaient brisées et il n’y avait qu’une seule branche encore en vie.

Bram m’a raconté comment, voyant l’arbre, il s’était d’abord montré sceptique. Finalement, les ouvriers de nettoyage le persuadèrent de donner une chance à l’arbre. Il a donc ordonné qu’il soit envoyé à la pépinière du service du parc Van Cortlandt dans le Bronx.

Ron Vega, aujourd’hui directeur de la conception du site commémoratif du 11 septembre, était un ouvrier du nettoyage à l’époque. Il sourit en repensant à cette époque. « Beaucoup de gens pensaient que c’était un effort inutile d’essayer de le sauver « , se souvient-il. « L’arbre a donc été emmené hors du site presque clandestinement – sous le couvert de la nuit. »

Alors que nous marchions vers cet arbre spécial, en ce jour d’avril, j’éprouvais autant d’admiration et de respect que si j’allais rencontrer un grand chef spirituel ou un chaman.

L’arbre n’est pas spectaculaire à regarder – pas avant de réaliser ce qu’il a vécu et de comprendre le miracle de sa survie. Nous nous tenions ensemble derrière la rambarde de protection. Nous avons tendu la main pour toucher délicatement les extrémités de ses branches. Beaucoup d’entre nous, peut-être tous, avaient les larmes aux yeux – mes propres yeux étaient trop embués pour en être sûre.

Richie Cabo, le directeur de la pépinière, devenu depuis l’un des principaux soignants du Survivant, m’a dit que lorsqu’il a pour la première fois observé ce poirier décapité, il ne pensait pas que quoi que ce soit puisse le sauver. Mais une fois les tissus morts et brûlés découpés, et les racines taillées profondément plantées dans un bon sol riche, le Survivant lui a prouvé qu’il avait tort.

« Avec le temps, dit Richie, l’arbre a pris soin de lui-même. On aime dire qu’il s’est endurci en séjournant dans le Bronx! » Mais le travail de fertilisation et de taille des débuts fut difficile. Durant cette période, tout le personnel de la pépinière s’est attaché au poirier survivant, car il symbolisait la longévité et la résilience. En particulier, un lien spécial s’est créé entre l’arbre et Richie. « Il est devenu très cher à mon cœur », m’a-t-il confié.

Ce billet de blog est tiré d’un extrait d’un article paru dans Le livre du Dr Goodall, « Graines d’espoir : Sagesse et merveilles du monde des plantes ».

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A propos de l'auteur

Le Jane Goodall Institute France, c'est une équipe d'hommes et de femmes dévoués qui transmettent le message et les valeurs du Dr. Jane Goodall en oeuvrant à a protection de la biodiversité et des grands singes, notamment des chimpanzés. Notre but ? Trouver des solutions a l'impact de l'activité humaine et accompagner les populations vers un mode de vie eco-responsable, car il est possible d'agir à son échelle pour sauver notre planète. Comme le dit Dr Goodall, « Tout ce que vous faites a un impact. A vous de choisir quel impact vous voulez avoir »

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