LE MESSAGE DU DR JANE GOODALL POUR LA PAIX

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Avant tout, nous devons reconnaître que le monde actuel n’est pas un endroit paisible. Il semble que partout à travers le monde, il y a des conflits armés, de l’esclavage moderne, de la violence domestique, du terrorisme, du racisme, du sexisme, et des centaines de milliers de réfugiés à la recherche de sécurité pour échapper aux guerres, au changement climatique ou à la pauvreté. Il y a même une menace recrudescente de l’utilisation des armes nucléaires, alors que la Corée du Nord lance des missiles et que les autres nations ont l’impression qu’elles ne seront en sécurité de toute agression que si elles sont, elles aussi, équipées de ces armes du diable [Note de bas de page 1]. Tandis que nous, humains, continuons à nous montrer d’une cruauté indescriptible les uns envers les autres, et envers les autres animaux, à la fois captifs ou sauvages, et continuons à mener une guerre sans pitié contre l’environnement, j’ai l’impression qu’il encore plus important que je partage ceci, mon message de paix.

Alors quel messsage puis-je donner ? Bien que la plupart d’entre nous ne soit pas en position d’avoir une influence directe sur les conflits internationaux majeurs, nous sommes tous en position de créer une atmosphère plus paisible autour de nous. Et pour cela, il est important d’essayer de cultiver une paix intérieure – ce qui ne se produira que si et quand nous nous sentirons bien avec nous-mêmes. En tout cas, si nous avons au moins essayé de faire une différence. Chaque jour, nous interagissons avec d’autres personnes, des animaux et avec l’environnement, et chaque jour, nous avons l’opportunité d’aider un autre être vivant ou la Terre que nous partageons. Parfois simplement sourire peut être énormément bénéfique ou simplement dire un mot gentil. Peut-être que l’on pourrait commencer à ramasser des déchets jetés dans la rue, qui autrement pourrait finir par polluer l’eau affectant la vie dans une rivière ou un océan. Si nous faisons cela jour après jour, cela devient une seconde nature – peut-être même finalement une première nature ! Cela nous fait nous sentir bien – donc nous voulons en faire plus, se sentir encore mieux. Imaginez un milliard de personnes donnant tous un coup de main chaque jour !

Certaines personnes sont en position de faire une grande différence. Après que le président des États-Unis Donald Trump a donné l’ordre de bloquer tous les immigrants issus de sept pays majoritairement musulmans, Howard Schultz, directeur général de Starbucks, a immédiatement promis d’engager 10.000 réfugiés dans ses coffee shops dans 75 nations à travers le monde. Cela lui a permis sans aucun doute de se sentir bien, et plus important, ça a été extrêmement bon pour les réfugiés de voir qu’ils étaient estimés et avaient un avenir. Et de plus en plus de directeurs généraux ressentent le besoin de partager et aider les moins nantis – parfois beaucoup moins bien nantis – qu’ils ne le sont.

A la lumière de tous nos conflits et jugements – il est important de comprendre que les comportements et pensées violents, haineux sont souvent dus à une pauvreté économique – la disparité entre ceux qui ont et ceux qui n’ont pas. Ceux qui souffrent de la pauvreté ont plus de mal à trouver un bon travail, ils se remplissent d’amertume et trouvent un défouloir dans les comportements violents. Dans le même temps, une grande partie de la pauvreté économique est causée par un manque d’éducation adéquate. La violence provient aussi parfois du manque d’espoir dans cette vie, ce qui permet aux forces malveillantes de vendre de fausses informations et de la haine qui nous divisent. Pour beaucoup, l’idée même de paix doit être totalement irréelle, parfois ils doivent en rêver mais dans la réalité, ils doivent être sûrs qu’ils ne pourront jamais la connaitre.

Y a-t-il quelque chose que nous pouvons faire pour aider ? Nous pouvons devenir volontaire dans des refuges pour les sans-abris ou contribuer aux banques alimentaires. Nous pouvons soutenir des organisations comme l‘Institut Jane Goodall (JGI) et d’autres, pour contribuer au développement durable et à l’éducation des gens à travers le monde. Nous pouvons écrire des lettres et protester contre les coupes budgétaires dans l’éducation, en particulier dans les programmes d’éducation précoce. Nous pouvons nous impliquer dans des programmes qui aident les enfants à découvrir le monde et ce qu’il s’y passe. La connexion entre un monde plus paisible et l’éducation est profonde et vaste – et en effet, il y a 13 ans, c’est parce que j’avais démarré le mouvement Roots & Shoots, le programme environnemental et humanitaire du JGI pour les jeunes, que j’ai été invitée par le Secrétaire général des Nations Unies de l’époque, Kofi Annan, pour être nommée Messagère de la Paix.

Roots & Shoots a démarré avec 12 lycées en 1991 en Tanzanie. Il y a aujourd’hui quelque 100.000 groupes actifs dans presque 100 pays, avec des membres issus de l’école maternelle jusqu’à l’université, chacun choisissant et travaillant sur des projets pour faire du monde un meilleur endroit pour les gens, les animaux et l’environnement. Le fil conducteur de ces actions est l’effort déployé pour essayer d’abattre les barrières que nous avons érigées entre les habitants des différentes nations, les différentes cultures, les différentes religions et entre nous, le reste du règne animal et le monde naturel. En rassemblant des étudiants, face à face quand c’est possible, électroniquement sinon, nous espérons démontrer que la famille humaine ne fait qu’un : peu importe la couleur de notre peau, si le sang que nous perdons est le même, si les larmes que nous pleurons sont les mêmes, et nous connaissons tous des sentiments de joie et de tristesse, de désespoir et de colère, et nous ressentons tous la douleur.

Le 21 septembre, Journée internationale de la Paix des Nations Unies, ou au plus près possible de ce jour, les groupes Roots & Shoots à travers le monde feront « voler » (sur de longs bâtons) des marionnettes géantes de colombe de la paix qu’ils auront construites avec des matériaux recyclés comme des draps de lit. Ils sont encouragés à inclure des participants d’ethnies et de groupes économiques différents. Ces groupes se rassemblent pour créer une vision de paix alors que les ailes géantes se déploient à la surface du globe, en suivant le soleil. Évidemment, c’est uniquement symbolique mais cela symbolise notre espoir et notre détermination qu’un jour viendra où la paix prendra le dessus. D’une façon ou d’une autre, nous devons garder cet espoir en vie – un espoir que nous pouvons trouver un moyen d’éduquer tout le monde, d’éliminer la pauvreté, d’apaiser la colère et de vivre en harmonie avec l’environnement, les animaux et les uns avec les autres. Alors que je suis entourée de jeunes portant des colombes de la paix géantes aux célébrations de la Journée de la Paix des Nations Unies, j’ai pris un autre symbole avec moi à la cérémonie du tintement de la Cloche de la Paix aux Nations Unies – une petite cloche faite de métal issu de l’une des centaines de mines antipersonnel qui ont été désamorcées au Cambodge à la tombée du régime malveillant de Pol Pot.

Alors en cette Journée internationale de la Paix, durant la minute de silence après le tintement de la Cloche de la Paix, faisons un vœu solennel de faire notre mieux pour vivre selon la Règle d’or [Note de bas de page 2]. Cette règle qui est partagée par toutes les religions majeures, nous prient de nous comporter envers les autres comme ils se comporteraient envers nous. Et nous devrions inclure les animaux dans ce vœu, en sachant qu’ils ont eux aussi des émotions et qu’ils connaissent la peur et la douleur. Envoyons nos prières pour une meilleure compréhension et engageons nous à faire ce que nous pouvons, même un peu, pour promouvoir la paix et l’harmonie autour de nous. Pour réellement agir – et agir chaque jour – ne pas faire une promesse qui ne sera que des mots.

Note de bas de page 1. Récemment, Jonathan Granoff, président du Global Security Institute dédié à tenter de débarrasser le monde de la menace révoltante de guerre nucléaire, a rassemblé des déclarations puissantes réalisées par des scientifiques, des politiciens, des dirigeants religieux – et de militaires – sur la vraie nature de la guerre nucléaire.  

Albert Einstein a déclaré : « Les balles tuent des hommes, mais les bombes atomiques tuent des villes. Un tank est une défense contre une balle mais il n’existe aucune défense contre une arme qui détruit la civilisation… Notre défense est la loi et l’ordre« .

Les Impératifs éthiques pour un monde sans arme nucléaire (A/RES/71/55) déclarent que : « Au vu de l’impact humanitaire des armes nucléaires, il est inconcevable que toute utilisation des armes nucléaires, peu importe la cause, soit compatible avec les exigences de la loi humanitaire internationale ou la loi internationale, ou les lois de moralité, ou les impératifs de la conscience publique;

Et au vu de leur nature aveugle et leur potentiel à éliminer l’humanité, les armes nucléaires sont fondamentalement immorales ». 

La Commission mondiale sur l’Environnement et le Développement a déclaré : « Les conséquences probables de l’arme nucléaire rendent les autres menaces sur l’environnement insignifiantes. Les armes nucléaires représentent un pas qualitativement nouveau vers le développement de la guerre. Une bombe thermonucléaire peut avoir une puissance explosive supérieure à celle de tous les explosifs utilisés dans les guerres depuis l’invention de la poudre à canon. En plus des effets destructeurs de l’explosion et de la chaleur, immensément augmentés par ces armes, elles introduisent un nouvel agent létal – les radiations ionisantes – qui étendent les effets mortels à travers à la fois l’espace et le temps« .

Et selon l’archevêque Desmond Tutu : « Pour réaliser un monde sans arme nucléaire, nous devons reconnaître que les armes nucléaires ne desservent aucun objectif légitime et légal. Tous ceux qui brandissent les armes nucléaires méritent notre mépris. Le développement et le stockage des armes de destruction massive par n’importe quel état sont moralement indéfendables. Cela nourrit l’hostilité, la défiance et menace la paix. Les radiations libérées par une bombe nucléaire américaine, britannique ou français est aussi mortelle que celles d’une bombe nord-coréenne. Le brasier et les ondes de choc tuent et mutilent de façon tout aussi indiscriminée. Avec les états d’alerte et le spectre d’une guerre nucléaire qui se dresse, la nécessité d’abolir la création la plus malfaisante de l’homme – avant qu’elle nous abolisse, est plus urgente que jamais. Davantage de courses à l’armement et de provocations nous conduiront inexorablement à la catastrophe ».

Et une déclaration du Saint-Siège : « Il est maintenant temps de questionner la distinction entre possession et utilisation, ce qui a longtemps été un argument pivot de la plupart des discours éthiques sur la dissuasion nucléaire. L’utilisation des armes nucléaires est absolument interdite, mais leur possession est jugée acceptable à la condition que les armes soient uniquement détenues à des fins de dissuasion, c’est-à-dire pour dissuader des adversaires de les employer.

Le langage d’intention obscurcit le fait que les armes nucléaires, en tant qu’instruments de stratégie militaire, impliquent nécessairement la disposition active pour les utiliser. L’armement nucléaire ne repose pas simplement dormant jusqu’à que l’intention conditionnelle soit changée en une véritable intention au moment où une attaque nucléaire est lancée par un adversaire. Les rouages de la dissuasion nucléaire ne fonctionnent pas de cette façon. Elle implique tout un ensemble d’activités qui sont prédisposées à l’utilisation : des conceptions stratégiques, des plans de ciblage, des exercices d’entrainement, des tests de préparation, des alertes, des dépistages d’objecteurs de conscience parmi les opérateurs, etc.

Les autorités politiques et militaires des États possédant l’arme nucléaire prennent la responsabilité d’utiliser ces armes si la dissuasion échoue. Mais dans la mesure où cela implique une destruction de masse – avec des dommages collatéraux étendus et durables, une souffrance inhumaine et un risque d’escalade – le système de dissuasion nucléaire ne peut plus être considéré comme une politique qui repose fermement sur une base morale« .

Et d’après le général Lee Butler, ancien Commandant en chef du Commandement stratégique des États-Unis : « Malgré toutes les preuves, nous devons encore saisir pleinement l’effet monstrueux de ces armes, le fait que les conséquences de leur utilisation défient la raison, transcendant le temps et l’espace, empoisonnant la Terre et déformant ses habitants. Les armes nucléaires sont intrinsèquement dangereuses, extrêmement coûteuses et inefficaces d’un point de vue militaire« .

Le général Butler a déclaré qu' »accepter les armes nucléaires comme l’arbitre ultime de conflits condamne le monde à vivre sous un nuage noir d’anxiété perpétuelle. Pire, cela codifie les instincts les plus meurtriers de l’humanité comme un recours acceptable quand les autres options pour résoudre les conflits échouent« . Il a ajouté : « J’ai passé des années à étudier les effets des armes nucléaires… J’ai enquêté sur un ensemble préoccupant d’accidents et d’incidents impliquant des armes et forces stratégiques… Je suis revenu de cette expérience profondément perturbé par ce que j’ai vu, le fardeau de construire et maintenir des arsenaux nucléaires… les plans de guerre ridiculement destructeurs, les risques opérationnels quotidiens et la perspective constante d’une crise qui menacera l’avenir de sociétés entières ».

Et enfin, George Kennan, l’éminent diplomate américain à l’origine de la politique d’endiguement de la Guerre froide à l’encontre de l’Union soviétique, a expliqué : « La volonté de l’utilisation des armes nucléaires contre d’autres êtres humains – contre des personnes que nous ne connaissons pas, que nous n’avons jamais vues, et dont ce n’est pas à nous d’établir la culpabilité ou l’innocence – et, en faisant cela, menacer la structure naturelle sur laquelle repose toute civilisation, comme si la sécurité et les intérêts perçus de notre propre génération étaient plus importants que tout ce qui avait eu lieu ou pourrait avoir lieu au sein des civilisations; ce n’est rien d’autre qu’une présomption, un blasphème, un affront – un affront de dimensions monstrueuses – fait à Dieu ! » 

Note de bas de page 2. La Règle d’or

Bahaïsme

N’expose personne à une charge que tu n’aimerais pas voir reposer sur toi, et ne désire de personne les choses que tu ne voudrais pas qu’on désire de toi

Baha’u’Ilah, Gleanings

Bouddhisme

Ne traite pas les autres de façons que tu trouverais toi-même blessantes

Le Bouddha, Udana –Varga 5,18

Christianisme

Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux, car c’est la loi et les prophètes

Jésus, Matthieu 7;12

Confucianisme

Un mot qui résume la base de toute bonne conduite… amour bienveillant. Ne faites pas aux autres ce que vous ne voulez pas qu’on vous fasse

Confucius, Analectes 15.23

Hindouisme

Voilà le résumé du devoir : ne fais pas aux autres ce qui te causerait du mal si cela t’était fait

Mahabharata 5:1517

Islam

Aucun d’entre vous ne croit vraiment jusqu’à ce que vous souhaitiez pour les autres ce que vous souhaitez pour vous-même

Prophète Mahomet, Hadith

Jaïnisme

Quiconque devrait traiter toutes les créatures au monde comme il aimerait être traité

Mahavira, Sutrakritanga

Judaïsme

Ce qui t’est détestable, ne le fais pas à ton voisin. C’est là toute la Torah; le reste n’est que commentaire

Hillel, Talmud, Shabbat 31a

Spiritualité aborigène

Nous sommes bien vivant tant que nous gardons la Terre en vie

Chief Dan George

Sikhisme

Je ne suis un étranger pour personne et personne n’est un étranger pour moi. Je suis en effet un ami pour tous

Guru Granth Sahib, pg.1299

Taoïsme

Regarde le gain de ton voisin comme ton propre gain, et la perte de ton voisin comme ta propre perte

Lao Tseu, T’ai Shang Kan Ying P’ien, 213 –218

Unitarisme,

Nous affirmons et promouvons le respect du réseau interdépendant de toutes les existences dont nous faisons partie

Principe unitarisme

Zoroastrisme

Ne fais pas envers les autres ce qui est injurieux pour toi-même

Shayast –na –Shayast 13

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A propos de l'auteur

Le Jane Goodall Institute France, c'est une équipe d'hommes et de femmes dévoués qui transmettent le message et les valeurs du Dr. Jane Goodall en oeuvrant à a protection de la biodiversité et des grands singes, notamment des chimpanzés. Notre but ? Trouver des solutions a l'impact de l'activité humaine et accompagner les populations vers un mode de vie eco-responsable, car il est possible d'agir à son échelle pour sauver notre planète. Comme le dit Dr Goodall, « Tout ce que vous faites a un impact. A vous de choisir quel impact vous voulez avoir »

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