LE MESSAGE DE JANE POUR LA JOURNÉE MONDIALE DE L’ÉLÉPHANT

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Aujourd’hui, c’est la Journée mondiale de l’éléphant et je pense aux moments magiques où j’ai eu le privilège d’observer des éléphants sauvages en différents endroits d’Afrique. C’était merveilleux de les voir se nourrir, en utilisant leurs trompes comme des mains pour ramasser des feuilles au-dessus de leur tête, ou déchirer de l’herbe verte luxuriante en grandes brassées, puis amener la nourriture à leur bouche. Il y a eu aussi des moments spéciaux quand je les regardais se baigner dans une rivière, remplir leur trompe d’eau et s’en servir pour arroser leur dos, en s’immergeant parfois presque totalement ne laissant que l’extrémité de leurs trompes au dessus de l’eau comme des périscopes. Et avec quel plaisir les jeunes éléphants s’amusent à jouer dans l’eau, à s’asperger les uns les autres et à faire les fous comme des enfants dans une piscine.

Les rencontrer dans une forêt peut être effrayant. Une fois, j’ai entendu des éléphants à l’extérieur de la cabane où je logeais et je suis sorti pour voir si je pouvais les apercevoir. C’était une région boisée, et en écoutant, j’entendais des branches craquer sous les pattes d’éléphants. Sinon, ils ne faisaient aucun bruit. Je me suis penchée pour regarder à travers les arbres, et j’étais sur le point de mettre ma main sur un tronc d’arbre gris quand – juste à temps – j’ai vu que c’était une jambe d’éléphant ! Heureusement, le vent soufflait mon odeur loin de lui – ou d’elle. Je me suis retirée silencieusement jusqu’à ma cabine, le cœur battant. Dans un article précédent, j’ai décrit certains des éléphants que j’ai appris à connaître personnellement, alors je vous encourage à le lire au cas où vous l’auriez manqué.

Aujourd’hui, grâce à des études à long terme comme celles de Iain Douglas-Hamilton et de Cynthia Moss, nous en savons beaucoup sur la richesse de la vie sociale de l’éléphant. Il existe des liens de soutien étroits entre les membres d’une famille qui peuvent durer tout au long de leur soixante années de vie ou plus. Ils ont les mêmes émotions de bonheur, de tristesse, de peur, de désespoir et ainsi de suite que nous. Ils essaient d’aider les membres de leur famille ou les amis blessés. Et ils connaissant le deuil quand l’un d’eux meurt. Or, à cause de la valeur de l’ivoire, près de 100 éléphants meurent chaque jour. Chacun a sa propre personnalité et représente un membre précieux du troupeau. Chacun représente un individu qui comptait. Chacun mérite le respect. Et chacun est tué simplement pour obtenir ses défenses – même les juvéniles sont tués et leurs minuscules défenses découpées. Des corps massacrés, les trompes gênantes sont coupées et jetées à côté. Les liens familiaux sont rompus. Imaginez la terreur et le chagrin désespéré de ceux qui sont restés derrière – épargnés parce qu’ils n’avaient pas de défenses ou parce qu’ils ont réussi à s’échapper. Ce carnage n’entraîne pas seulement l’extinction d’une espèce, mais aussi des souffrances individuelles massives.

En cette Journée mondiale de l’éléphant, je pense aussi à ceux qui risquent leur vie pour combattre les braconniers sur le terrain – les héroïques rangers. À l’occasion de la Journée mondiale des Rangers, Farai Sevenzo, en reportage en Afrique, a noté que les gangs de braconniers tuent probablement deux ou trois gardes forestiers chaque semaine dans les réserves à travers l’Afrique. « Les criminels organisés dotés de systèmes GPS sophistiqués et d’armes mortelles semblent ne reculer devant rien pour obtenir des défenses à vendre sur les marchés asiatiques pour des millions de dollars. Ce sont les gardes qui se tiennent entre elles et les tueurs ». Et leur bravoure déplaît souvent aux fonctionnaires corrompus, à ceux au pouvoir qui sont impliqués dans l’exportation illégale et hautement lucrative de l’ivoire – de sorte que les rangers, malgré leurs efforts héroïques, sont si souvent sous-payés, sous-équipés et sous-estimés dans tant de pays d’Afrique. Il n’est pas surprenant que beaucoup ne veulent pas que leurs enfants deviennent rangers.

Chaque ornement, bracelet, pendentif ou bibelot en ivoire représente un éléphant abattu et certains aussi, un ranger abattu. Pour les éléphants et ceux qui essaient de les sauver, cette Journée mondiale de l’éléphant est un jour comme les autres. Je me demande combien d’éléphants seront tués, combien de petits perdront leur mère ? Combien de rangers seront assassinés ?

Nous devons agir maintenant avant qu’il ne soit trop tard. Nous devons unir nos forces partout pour arrêter le massacre des éléphants, car si nous ne travaillons pas ensemble pour résoudre le problème, les éléphants pourraient disparaître dans la nature – et très bientôt. Quelle horreur ce serait si ce moment venait à arriver et que nos arrière-arrière-petits-enfants ne connaissent les éléphants que par les photos d’archives, les livres d’images et les films. Il est vrai que certains pays ont déjà interdit le commerce de l’ivoire et ont même eu des événements très médiatisés lorsque des tonnes d’ivoire illégale ont été brûlées ou écrasées. Et certains ont interdit l’achat et la vente d’ivoire sur le marché intérieur – car cela ouvre une échappatoire pour les négociants corrompus afin qu’ils puissent poursuivre leur commerce d’ivoire illégal. Les États-Unis ont presque entièrement interdit leur commerce intérieur. Mon propre pays, le Royaume-Uni, ne l’a pas fait. J’en ai honte.

Promettons-nous en ce jour de nous battre encore plus, chacun d’entre nous qui s’en soucie. Que pouvons-nous faire ? Nous pouvons persuader les gens d’arrêter d’acheter de l’ivoire. Nous pouvons faire des dons aux organisations caritatives qui travaillent à la protection des éléphants dans les pays où ils vivent ou à ceux qui soutiennent les gardes qui travaillent à la protection des éléphants. Nous pouvons faire pression sur nos gouvernements, lorsque cela est nécessaire, pour interdire l’importation, l’exportation et le commerce intérieur de l’ivoire. Et nous devons aussi penser à tous ces éléphants qui souffrent de traitements cruels en captivité en Asie, ceux qui sont encore obligés de se produire dans les cirques, ceux qui languissent dans les zoos. Nous pouvons protester contre ces cruautés. Et nous pouvons utiliser les réseaux sociaux pour nous connecter les uns avec les autres, pour amplifier notre inquiétude. Nous pouvons bloguer, signer des pétitions, partager du contenu sur Facebook et Twitter, et bien plus encore.

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A propos de l'auteur

Le Jane Goodall Institute France, c'est une équipe d'hommes et de femmes dévoués qui transmettent le message et les valeurs du Dr. Jane Goodall en oeuvrant à a protection de la biodiversité et des grands singes, notamment des chimpanzés. Notre but ? Trouver des solutions a l'impact de l'activité humaine et accompagner les populations vers un mode de vie eco-responsable, car il est possible d'agir à son échelle pour sauver notre planète. Comme le dit Dr Goodall, « Tout ce que vous faites a un impact. A vous de choisir quel impact vous voulez avoir »

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