JOURNÉE MONDIALE DES RÉFUGIÉS

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Aujourd’hui, c’est la Journée mondiale des réfugiés. Une journée de réflexion sur la détresse des centaines de milliers de réfugiés dans le monde. Des personnes – hommes, femmes et enfants – qui ont fui des pays déchirés par les horreurs de la guerre et de la violence. Ou bien ils ont quitté leurs maisons et tout ce qu’ils connaissaient pour trouver un avenir qui ne soit pas ruiné par une pauvreté paralysante. Ou encore vouloir être réuni avec les membres de leurs familles déjà partis. Il y a des gens pris au piège dans les camps de réfugiés en Europe et en Afrique, souvent dans les conditions les plus terribles. Des gens pour qui le concept même de vivre une vie normale doit sembler irréel, comme un rêve lointain. En ce jour particulier, ils ont besoin de nos prières. Et de notre aide.

L’actuelle crise des migrants en Europe est la pire depuis la Seconde Guerre mondiale. Le conflit en Syrie à lui seul a déplacé plus de 12 millions de personnes, et d’autres conflits, persécutions et inégalités dans le monde entier ont poussé un nombre toujours plus grand de personnes à quitter leurs foyers. Le site web Un guide visuel de 75 années de crises majeures des réfugiés à travers le monde donne une image effrayante des multitudes qui ont été touchées.

Au cours des dernières années, des milliers de réfugiés sont arrivés dans l’Union européenne – plus d’un million rien qu’en 2015. Tous espèrent trouver l’asile en Europe ou au-delà. Certaines des histoires les plus déchirantes concernent la multitude de demandeurs d’asile – du Moyen-Orient et d’Afrique – qui tentent d’atteindre l’Europe par la mer. Des passeurs sans scrupules profitent du désespoir et de la misère humaine, facturant des sommes exorbitantes pour organiser la traversée de la Méditerranée ou la mer Egée. Ces passeurs tirent profit de ces hommes qui n’ont pas d’autres options. Des milliers ne s’en sortent jamais. Rien qu’en 2015, on estime que 3 485 personnes se sont noyées ou perdues ou sont présumées mortes alors qu’elles tentaient de traverser la Méditerranée, et des milliers d’autres sont mortes en essayant de traverser la mer Égée de la Libye à l’Italie (plus de 1 000 personnes se sont noyées au cours d’une seule semaine terrible cette année).

Crewmen of the amphibious cargo ship USS Durham take Vietnamese refugees aboard a small craft in the South China Sea .

Des membres d’équipage du cargo amphibie USS Durham portent secours à des réfugiés vietnamiens à bord d’une petite embarcation dans la mer de Chine méridionale.

Les histoires de ceux qui survivent sont souvent horribles. Ils décrivent avoir été entassés comme des sardines dans des embarcations de fortune impropres à la navigation, ceux du milieu incapables de se déplacer et forcés d’uriner les uns sur les autres. Souvent, le bateau est arrêté par les autorités et forcé de retourner à terre. Néanmoins, certains migrants essaient encore et encore. Pourquoi n’abandonnent-ils pas ? Ils n’ont pas le choix, disent-ils. Soit ils ont peur de retourner dans le pays d’où ils ont fui, soit ils cherchent désespérément du travail pour subvenir aux besoins de leur famille. Beaucoup de jeunes Africains, dont les familles attendent de l’argent, n’osent pas revenir s’ils n’ont pas réussi à trouver un emploi – leurs familles seront en colère, les rejetteront parce qu’ils auront échoué. Pour tous ces gens, le risque de se noyer en mer n’est pas pire que ce à quoi ils devraient faire face s’ils ne peuvent pas partir. Le fait qu’ils soient prêts à risquer non seulement leur propre vie, mais aussi celle de leurs enfants, témoigne du désespoir de tant d’entre eux. Pouvez-vous imaginer être dans cette situation ? Prenez un instant pour réfléchir. Pouvez-vous l’imaginer ?

Les migrants qui réussissent à traverser et demandent l’asile sont souvent obligés de rester dans des camps en attendant que leur cas soit examiné. Un exemple est celui de l’île de Lesbos au large de la côte grecque. Un autre exemple est un centre de détention offshore en Australie. Il peut s’écouler des mois avant que leur demande d’asile ne soit traitée, et ceux qui se voient refuser l’asile peuvent être renvoyés de force dans le pays qu’ils ont fui, parfois pour faire face à des persécutions et peut-être même à la mort..

Refugees climb aboard a transport bus in Afghanistan.

Des réfugiés montent à bord d’un autobus en Afghanistan.

Les migrants qui espèrent atteindre le Royaume-Uni attendent dans des camps à Calais et à Dunkerque, du côté français de la Manche. Beaucoup essaient d’atteindre le rivage britannique cachés dans des camions de fret passant soit sur des ferries, soit par le tunnel. Plus récemment, ils se risquent à traverser la Manche à bord de petites embarcations. Et s’ils y parviennent, le traitement des demandes d’asile est douloureusement lent.

Pour la plupart des gens qui ont vu la marée de misère humaine sur leur écran de télévision ou qui ont lu des articles à ce sujet dans les journaux, c’était choquant, terrible – mais irréel. C’était une tragédie trop vaste pour qu’ils puissent vraiment la comprendre. Et puis une image, parmi les milliers d’images, nous a touché droit au cœur. Un petit enfant syrien, Alan Kurdi, trois ans, s’est noyé avec son frère et sa mère. La photo montrait le petit corps qui s’était échoué sur le rivage, puis porté hors de l’eau avec tendresse. « L’humanité échouée » disait le titre. Et c’est devenu viral. Alan est devenu un symbole de la crise des réfugiés qui balayait l’Europe. Soudain, nous étions viscéralement liés à la réalité de cette crise. « Et si cela avait été notre enfant ? » pensaient les parents.

The body of 3 year old Alan Kurdi washed up on the popular tourist beach in Bodrum, Turkey.

Le corps d’Alan Kurdi, 3 ans, s’est échoué sur la plage touristique de Bodrum, en Turquie.

Ce sont les histoires d’individus qui nous aident à comprendre que ces réfugiés sont de vraies personnes avec des espoirs et des craintes. Qui nous aide à imaginer ce que cela doit être de connaître une telle peur ou un tel désespoir. 

LA RÉPONSE DES CITOYENS

La noyade du petit Alan et les autres images d’hommes, de femmes et d’enfants effrayés et désespérés, froids et affamés, ont touché le cœur des gens. De nouvelles ONG ont été formées, les organisations caritatives ont été inondées de dons. Des milliers de personnes émues par les scènes désespérées qu’elles avaient vues dans les journaux ont afflué vers Lesbos et d’autres camps pour offrir leur aide. « Pendant l’été, j’ai cru que nous avions perdu notre ville », a dit un citoyen grec, « comme si nous ne pouvions plus venir ici, car il y avait tant de migrants autour de nous. Mais ensuite, je les ai vus arriver en bateau, et j’ai entendu leur difficultés, et j’ai commencé à les aider. J’y suis allé en voiture, je leur ai donné de la nourriture et de l’eau. Mes ancêtres sont d’Ayvalik en Turquie – l’histoire des réfugiés est éternelle. »

Au départ, ces efforts ont prospéré. En Allemagne, des centaines de personnes se sont portées volontaires dans des gares qui ont été transformées en centres d’accueil où les réfugiés ont été hébergés, nourris et accueillis. Des marches de solidarité ont été organisées dans toutes les villes d’Allemagne. Angela Merkel a été considérée comme une héroïne. L’Institut Jane Goodall (JGI) en Allemagne a joué un rôle majeur. Il a été l’un des premiers à se porter volontaire pour accueillir les centaines de personnes qui sont arrivées, fatiguées et effrayées, à la gare de Munich.

A young refugee girl tries to find her size shoes out of a pile of donated clothes.

Une jeune réfugiée tente de trouver sa pointure parmi une pile de vêtements donnés.

Je suppose qu’il n’est pas surprenant, bien que profondément troublant, d’apprendre que la réponse de nombreux gouvernements à la marée humaine actuelle demandant l’asile est devenue de plus en plus restrictive à mesure que le nombre de demandeurs d’asile augmentait. Dans de nombreux pays européens, on craint de plus en plus qu’un afflux de migrants ait des effets dévastateurs – qu’ils abusent des systèmes de protection sociale, occupent les emplois dont la population locale a besoin et menacent leurs valeurs culturelles. Et, bien sûr, il y a des craintes d’attaques terroristes islamiques. Récemment, lorsque j’étais en Slovaquie et en Hongrie, j’ai entendu dire qu’il y avait de nouveaux groupes d’autodéfense créés pour patrouiller les rues et les trains à la recherche de migrants – qu’ils arrêtent ensuite illégalement et remettent à la police.

Des clôtures ont été construites le long des frontières entre pays européens, souvent gardées par des soldats armés, et il y a des récits déchirants de réfugiés, dont certains ont déjà marché des centaines de kilomètres et sont épuisés physiquement et émotionnellement, rencontrant soudainement des barrières nouvellement créées et devant marcher beaucoup plus de kilomètres pour éviter d’entrer dans des pays hostiles et peu accueillants. Transportant autant de leurs biens que possible, ainsi que de jeunes enfants. Il n’est pas surprenant que cela mène à des échanges agressifs pouvant devenir violents.

Aujourd’hui, l’ambiance en Allemagne a changé. La popularité d’Angela Merkel est au plus bas en raison de son attitude libérale à l’égard des réfugiés. Mais des groupes de bénévoles comme JGI-Allemagne continuent de faire tout ce qu’ils peuvent, planifiant des pique-niques pendant l’été où les citoyens et les réfugiés peuvent se rejoindre pour partager de la nourriture et des histoires. Et il y a des familles du monde entier qui ouvrent leurs portes et accueillent des réfugiés dans leurs maisons. J’ai été émue lorsque je suis arrivée à Madrid au début du mois de juin, et que j’ai vu une grande banderole sur l’Hôtel de Ville, « Bienvenue aux réfugiés » – alors que les Espagnols souffrent de leur propre crise économique. A Gérone, un groupe de plus en plus important de citoyens campait à l’extérieur de l’édifice du gouvernement, exigeant un soutien accru pour les réfugiés. Je me suis arrêtée et j’ai parlé avec eux pour leur exprimer ma solidarité.

Nous devons être reconnaissants envers ceux qui ne se contentent pas de se tordre les mains en réponse à la crise, mais apportent une aide active. Alors en ce jour, réfléchissons tous, et réfléchissons profondément, à ce que NOUS pouvons faire pour faire une différence. Certains de ceux qui lisent ces mots ne comprennent que trop bien le sort des réfugiés, car eux aussi ont fui la violence. Pour le reste d’entre nous, essayons d’imaginer. Supposons qu’il ne s’agit pas du petit Alan, dont la photo vous a tant ému, mais de votre propre enfant, ou d’un enfant que vous connaissez, qui a échoué sur un rivage étranger. Pensez et priez, puis écoutez ce que votre cœur vous dicte.

Jane Goodall, Ph.D., DBE

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A propos de l'auteur

Le Jane Goodall Institute France, c'est une équipe d'hommes et de femmes dévoués qui transmettent le message et les valeurs du Dr. Jane Goodall en oeuvrant à a protection de la biodiversité et des grands singes, notamment des chimpanzés. Notre but ? Trouver des solutions a l'impact de l'activité humaine et accompagner les populations vers un mode de vie eco-responsable, car il est possible d'agir à son échelle pour sauver notre planète. Comme le dit Dr Goodall, « Tout ce que vous faites a un impact. A vous de choisir quel impact vous voulez avoir »

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