JOURNÉE MONDIALE DE LA TORTUE : EXTRAIT DE « HOPE FOR ANIMALS AND THEIR WORLD »

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Pour la Journée mondiale de la tortue, nous devons célébrer toutes les actions dirigées par des gens ordinaires, travaillant individuellement ou ensemble, pour protéger les tortues et leur environnement. Le Dr Goodall, comme d’habitude, offre un récit parfaitement inspirant des tortues de Madagascar (en particulier la tortue à soc, l’une des plus gravement menacées au monde) et leur salut potentiel, tiré de son livre Hope for Animals and Their World (Obtenir le livre ici). De ces êtres anciens, dont on croyait autrefois qu’ils portaient le monde sur leur dos, nous pouvons apprendre beaucoup de choses sur le calme, la relativité du temps et le traitement que nous devrions fournir à toutes les créatures – en particulier celles qui sont d’une nature si douce et d’une importance vitale.

L’ANGONOKA OU TORTUE À SOC (GEOCHELONE YNIPHORA)

C’est mon amie Alison Jolly, primatologue et auteure de renom, qui m’a parlé pour la première fois de l’angonoka ou tortue à soc, qui vit dans une région éloignée du nord-ouest de Madagascar, connue sous le nom de péninsule de Soalala. On l’appelait la tortue à soc parce qu’une partie de la coquille inférieure dépasse entre les pattes avant comme un soc de charrue.

« Ce sont des animaux merveilleusement drôles », m’a dit Alison. « Les mâles joutent avec le long éperon ‘soc’ situé sur leur coquille inférieure et qui dépasse vers l’avant sous leur menton. Le but est de faire basculer son rival sur le dos. Ils sont gros comme des ballons de football. Celui qui se retrouve sur son dos se balance sauvagement tandis qu’il lutte pour se remettre sur pied ». Bien que, pour le mâle perdant, ce soit, sans aucun doute, une situation très indigne et pas drôle du tout !

Ces tortues vivent dans une zone de 1.500 kilomètres carrés de forêt de bambous et de savane ouverte. Sans le dévouement d’un groupe d’écologistes, il semble presque certain qu’elles seraient tombées dans l’abîme de l’extinction. Les tortues n’étaient pas chassées pour se nourrir, mais des marchands irresponsables en vendaient beaucoup à des collectionneurs dans le commerce international d’espèces rares. Et l’habitat de l’angonoka était envahi par les potamochères, importés d’Afrique. La population locale croit que garder un angonoka avec ses poulets maintiendra les oiseaux en bonne santé – étrangement, les gens du sud de Madagascar gardent une espèce étroitement apparentée, les « tortues rayonnées », avec leurs volailles pour la même raison. Il y a peut-être une part de vrai là-dedans.

En 1986, le Durrell Widllife Conservation Trust (DWCT) a lancé le projet Angonoka en collaboration avec le gouvernement malgache et avec le soutien du Fonds Mondial pour la Nature (WWF)

Le premier lâcher à grande échelle a eu lieu fin 2005, lorsque vingt jeunes angonoka ont été relâchés dans de grands enclos temporaires dans la forêt. L’événement est décrit dans un bulletin d’information du British Chelonia Group (BCG), un organisme voué à la promotion des intérêts des tortues qui recueille des fonds pour des projets de conservation dans le monde entier.

« Nous sommes arrivés au village au crépuscule et nous avons reçu un accueil mouvementé de la part des villageois qui nous ont conduit à un abri spécial au toit de feuilles de palmier orné de verdure et de chaînes de fleurs », a écrit Richard Lewis, coordinateur de la conservation pour le programme de Madagascar du Durrell Wildlife Conservation Trust. Après des discours et une soirée dansante qui dura toute la nuit (pour ceux qui le souhaitaient !), l’équipe et les tortues sont finalement parties pour la forêt le lendemain matin. Tout le monde s’est rassemblé dans une petite station de terrain construite à la lisière de la forêt. Un chef spirituel a offert une prière, demandant la bonne volonté du roi et des ancêtres. L’un des anciens est entré en transe et a parlé au nom du roi, acceptant le travail fourni par l’équipe de conservation.

Finalement, les vingt jeunes tortues, insensibles à tout ce travail acharné, la planification et les célébrations, ont été emmenées dans la forêt et mises en groupes de cinq dans des enclos extérieurs. Elles y sont restées un mois, se familiarisant avec le nouvel habitat avant d’être relâchées, équipées d’émetteurs radio collés à leur coquille avec de la colle.

Au cours des prochaines années, d’autres angonoka seront relâchées dans la nature… Et c’est un programme qui ne sera pas durable sans la bonne volonté continue de la population locale. 

Les tortues de mon enfance

L’écriture de cette histoire a fait remonter des souvenirs de mes deux tortues (pas à soc !), que j’avais quand j’étais enfant. Nous n’avions aucune connaissance du commerce d’animaux de compagnie qui les mettait en danger dans la nature, ni des conditions terribles de leur transport. Le mâle, Percy Bysshe (trait d’humour d’écolière: il était « shell-y », shell voulant dire carapace en anglais (ndt)), a été le premier à arriver.

Un jour, bien que nous ayons cherché partout, il a semblé s’être échappé pour de bon. À notre grande surprise, il est revenu environ six semaines plus tard, suivi d’une femelle ! Comment diable l’avait-il trouvée, je ne peux pas l’imaginer, puisque les tortues n’étaient pas très communes dans notre région. Je l’ai appelée Harriett, et ils sont devenus un couple totalement inséparable. Lorsqu’elle était réceptive, je pense, il la suivait de près ; lorsqu’il se rapprochait par derrière, il rentrait la tête et s’élançait vers l’avant pour heurter sa carapace en produisant un fort bruit de craquement.

Il semblait toujours se montrer particulièrement amoureux quand ma grand-mère recevait des invités dans le jardin à l’heure du thé. Puis, quand elle ne réussissait pas à détourner leur attention, le petit groupe de dames, malgré leur sensibilité victorienne, était fasciné par le fait que Percy luttait encore et encore pour monter le mur imprenable de la carapace de sa bien-aimée, pour ensuite retomber en arrière quand elle s’éloignait tout simplement de lui, fatiguée par toute cette procédure. La vie d’une tortue est semée d’embûches !

Mon fils a sauvé deux femelles, avec des carapaces endommagées, de la dernière cargaison importée en Angleterre. Quand l’une est morte, l’autre semblait apathique, et nous avons pensé qu’elle pourrait mourir aussi. A notre grande surprise, elle s’est liée d’amitié avec le petit chat noir d’à côté. Jour après jour, nous le voyions, lové à côté de la tortue solitaire dans son enclos. Finalement, elle a été transférée dans une colonie du zoo de Chester, où elle s’est bien adaptée. 

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A propos de l'auteur

Le Jane Goodall Institute France, c'est une équipe d'hommes et de femmes dévoués qui transmettent le message et les valeurs du Dr. Jane Goodall en oeuvrant à a protection de la biodiversité et des grands singes, notamment des chimpanzés. Notre but ? Trouver des solutions a l'impact de l'activité humaine et accompagner les populations vers un mode de vie eco-responsable, car il est possible d'agir à son échelle pour sauver notre planète. Comme le dit Dr Goodall, « Tout ce que vous faites a un impact. A vous de choisir quel impact vous voulez avoir »

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