JOURNÉE INTERNATIONALE DES OISEAUX MIGRATEURS : QUI SE RESSEMBLE VOLE ENSEMBLE !

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Chaque année, des milliards d’oiseaux migrent (parfois sur des milliers de kilomètres) vers leurs aires de reproduction et retour. Beaucoup d’entre eux suivent des itinéraires bien établis, connus sous le nom de « voies de migration ». Je connais des ornithologues qui voyagent chaque année pour observer la migration des rapaces, y compris les pygargues à tête blanche. Internet fournit des informations fascinantes si vous souhaitez en savoir plus sur ces voyages extraordinaires. Pour ne donner que quelques exemples de mes recherches :

La sterne arctiqueSterna paradisaea, a la plus longue migration enregistrée de tous les oiseaux de la planète – un aller-retour d’environ 36.000 kilomètres, soit près de 18.000 kilomètres dans chaque sens – depuis ses aires de reproduction dans l’Arctique jusqu’à l’Antarctique.

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On a récemment constaté qu’un petit oiseau de rivage, une barge femelle, avait volé 11.500 kilomètres sans arrêt de l’Alaska à la Nouvelle-Zélande – sans faire de pause pour manger ou boire. C’est la plus longue migration d’oiseaux sans arrêt jamais mesurée, selon les biologistes de l’U.S. Geological Survey et de l’ONG PRBO Conservation Science.

Ensuite, il y a un oiseau de rivage encore plus petit, le bécasseau maubèche, qui va de la pointe la plus méridionale de l’Amérique du Sud jusqu’au cercle polaire arctique ! Les colibris aussi – J’ai été tellement surprise lorsque j’ai entendu parler pour la première fois des migrations de colibris – le Colibri roux, qui mesure à peine 7,5 centimètres de long, migre d’environ 6.300 kilomètres du Mexique à l’Alaska. Et puis, après reproduction, fait tout le chemin retour !

Les dangers auxquels font face les oiseaux migrateurs

Il y a beaucoup de dangers le long du chemin de ces voyageurs à plumes. Certains sont des dangers naturels, comme les tempêtes qui éloignent les oiseaux loin de leur parcours. Mais la plupart, aujourd’hui, sont le résultat de l’activité humaine. Dans certains pays, comme l’Italie, la France et Malte, les chasseurs attendent avec impatience l’arrivée des oiseaux migrateurs. J’ai été impliquée dans le programme visant à sauver l’ibis chauve de l’extinction qui impliquait d’entraîner des oiseaux élevés en captivité à suivre un planeur ultra-léger de l’Autriche à l’Italie. Le premier oiseau à faire le voyage seul a été nommé en mon honneur – Goja (les deux premières lettres de Goodall et Jane !). Sur le chemin du retour en Autriche, elle et l’un de ses deux jeunes ont été abattus et tués par un chasseur italien (Ceci a déclenché une grande campagne d’information et d’éducation le long de la route migratoire).

via Audubon

via Audubon

Un danger très grave, pour les espèces qui volent la nuit, sont les lumières des immeubles de grande hauteur dans nos villes. Le Fatal Light Awareness Program (Flap – programme de sensibilisation aux dangers de la luminosité) (un projet à Toronto, Canada) estime que « à travers toute l’Amérique du Nord, il y a plus d’oiseaux qui meurent de collisions (nde – avec nos fenêtres) chaque année que d’oiseaux qui ont succombé à la marée noire de l’Exxon Valdez » – un désastre qui a tué plus de 250.000 oiseaux.

Heureusement, on s’attaque aujourd’hui à ce danger. La National Audubon Society a lancé un programme « Lights Out (extinction des feux) » pendant la principale saison de migration. On demande aux grands immeubles de baisser leurs lumières (ou de les éteindre quand c’est possible) entre minuit et l’aube. Les travailleurs tardifs sont priés de baisser les stores ou d’utiliser des lumières de bureau. New York s’est officiellement jointe à cette initiative, et d’autres villes, dont Baltimore, Washington, Minneapolis, San Francisco et Chicago, s’y joignent également.

L’Aéroport à oiseaux de Lingang en Chine

L’une des principales routes empruntées par les oiseaux qui migrent du cercle polaire arctique passe par l’Asie de l’Est et du Sud-Est jusqu’aux régions les plus méridionales de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande. Il s’agit de la voie migratoire arctique Asiatique/Australasiatique utilisée par quelque 50 millions d’espèces d’oiseaux, dont de nombreux oiseaux aquatiques. Pendant les vols marathons le long de cette voie de migration, il existe des zones où la plupart des espèces s’arrêtent pour se reposer et s’engraisser afin de continuer jusqu’à leur destination finale. De nombreuses espèces qui utilisent cette voie de migration sont ainsi de plus en plus menacées à mesure que le développement et le drainage des zones humides le long des rives de la mer Jaune en Chine dégradent ou détruisent ces escales essentielles.

Mais l’aide est à portée de main ! Des amis en Chine m’ont parlé d’un projet extraordinaire destiné à aider des millions d’oiseaux pendant leur migration – le premier « aéroport à oiseaux » au monde. D’ici la fin de l’année, les travaux de construction d’un sanctuaire de zones humides à Tianjin auront commencé. La zone désignée est, à l’heure actuelle, un site d’enfouissement, et elle se trouve directement sur le chemin de la voie migratoire arctique Asiatique/Australasiatique. Lorsque l’idée a été lancée, un certain nombre d’architectes ont répondu à l’appel d’offres : le design gagnant a été celui de McGregor Coxall.

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Rendu : McGregor Coxall

L’ensemble du projet, qui sera achevé d’ici la fin de 2018, couvrira quelque 60 hectares et fournira des habitats appropriés à plus de 50 espèces d’oiseaux, dont beaucoup sont menacées d’extinction. L’aéroport fini sera composé de zones humides, d’un lac avec des rapides peu profonds, d’une zone de roseaux et de vasières. Il y aura aussi un parc et toute la zone sera bordée d’une bande de forêt urbaine pour protéger les oiseaux de l’intrusion du développement urbain à proximité. Les eaux usées recyclées et les eaux de pluie récoltées seront utilisées pour irriguer les zones humides et l’ensemble du projet sera alimenté par des énergies renouvelables.

Adrian McGregor, PDG et concepteur principal de McGregor Coxall, explique l’inspiration derrière le projet : « Les voies de migration des oiseaux terrestres sont une merveille du monde naturel. L’aéroport à oiseaux proposé sera un sanctuaire d’importance mondiale pour les espèces d’oiseaux migrateurs en danger tout en fournissant de nouveaux poumons verts pour la ville de Tianjin ».

Il y aura des sentiers pour les visiteurs et un centre d’éducation et de recherche de classe mondiale. J’espère que cela pourra devenir une Mecque pour les groupes de Roots & Shoots en Chine afin de mieux connaître les étonnantes migrations d’oiseaux !

La migration de la grue du Canada

Chaque printemps depuis 15 ans, j’ai passé quelques jours à la fin mars ou au début avril dans le Nebraska pendant la migration des grues du Canada et des oies des neiges. Je reste avec Tom Mangelsen (découvrez en plus sur Tom ici) et quelques amis proches dans son chalet niché sur la rive de la rivière Platte. Il est entouré de champs qui restent nus après la récolte et constitue une escale où les oiseaux interrompent leur long vol jusqu’à leurs aires de reproduction en Alaska, au Canada ou en Sibérie pour se nourrir du maïs laissé par la récolte, accumulant ainsi des réserves de graisse pour le long voyage à venir. Les grues du Canada ne sont qu’un des nombreux oiseaux qui utilisent cette halte le long de la Platte, y compris les oies des neiges et d’autres oiseaux – un total d’environ 20 millions d’oiseaux.

04 Crane BCU #8Ce sont des journées magiques qui démarrent en se réveillant au son des grues qui volent devant le carreau de ma fenêtre jusqu’aux champs de maïs pour la cueillette de la journée. Je n’arrive jamais à décrire correctement le son de leurs voix grinçantes, mais elles évoquent des lieux lointains et le monde tel qu’il était, car c’est une espèce ancienne. Parfois je conduis le long des routes de gravier entre les champs l’après-midi, m’arrêtant pour les regarder se nourrir et, de temps en temps, sauter avec des ailes déployées, dansant. Le mieux, c’est de les voir voler jusqu’à leurs perchoirs sur la rivière chaque soir. Il fait toujours froid (mais pas aussi froid de manière constante qu’il y a 15 ans), et il n’y a rien de tel que de rentrer à la cabane, lorsque les dernières grues sont arrivées et qu’il fait très sombre, et de ramener à la vie le feu de bois, levant un verre pour souhaiter bonne chance aux grues pendant leur long voyage.

La plupart du temps, j’arrive à écrire quelques mots sur ces jours merveilleux, en essayant de capturer quelque chose de leur magie, pour que je puisse les relire quand je serais vieille. Ainsi, en cette Journée internationale des oiseaux migrateurs, j’ai pensé que je pourrais partager certaines de ces réflexions. Les voici, tels qu’elles ont été écrites, un pot pourri de souvenirs :

03 Crane BCU #7Jour 1 C’est une soirée glorieuse et les grues sont arrivées pendant plus d’une heure. Le coucher de soleil était doux, doré et d’un rouge beaucoup moins vif que la nuit dernière. Il n’y avait pas de vent du tout, et c’était de la magie absolue d’être assise regardant le long de la Platte, s’étirant en tresses argentées vers le sud. Au début, les grues sont venues en petits groupes familiaux, mais peu à peu la taille des groupes a augmenté. Ils se sont dirigés vers nous, beaucoup sont passés et se sont installés plus en aval, d’autres sont descendus presque devant le chalet, en décrivant des cercles puis en semblant flotter, leurs longues pattes pendantes. Au fur et à mesure que d’autres arrivent, il leur est plus difficile de trouver une place, et peu à peu, toutes les bandes de sable sont recouvertes d’un tapis de plumes grises. Entre eux et nous, il y a un groupe serré de 12 pélicans qui se pavanent.

 

Jour 2 Un ciel bas, doux, doré et rouge orangé, et des milliers et des milliers de grues. Il semblait presque qu’il y en avait plus que lors des soirées précédentes. Il n’y avait pas de vent froid, rien pour nous détourner de la magie pure de ces êtres ailés qui apparaissaient au loin comme des volutes de brume grise qui s’organisaient progressivement en lignes en forme de V dans le ciel, puis finalement en oiseaux individuels lorsqu’ils volaient au-dessus de nos têtes. Ils ont atterri le long de la rivière, plus près qu’avant. Jusqu’à ce que toute la rivière soit recouverte de douces plumes grises et brunes. Un pygargue à tête blanche s’est envolé, surprenant certains d’entre eux qui ont pris leur envol, mais ils n’ont fait que tourner en rond et se sont bientôt de nouveau posés.

Evening Blind ViewingJour 3 De 6h30 à 7h30 le lendemain matin, les grues partent en groupes ordonnés. Ils volent, bas et résolument, en remontant la rivière vers le sud, en passant devant le carreau de ma fenêtre où des douzaines de chardonnerets mangent affamés les graines que Tom jette généreusement chaque jour. Il y a un écureuil noir, beau et élégant parmi ses frères et sœurs gris-brun. Ils sont tous gras. Il y a des pics, et les carouge à épaulettes arrivent.

Jour 4 Les grues survolent toujours, toutes semblent se diriger dans la même direction. Pas très bavardes ce matin. Près de la fenêtre, une biche et un hère passent, lentement, délicatement, et disparaissent dans l’herbe haute. Suivi par une autre biche et son faon. Puis deux canards branchu se posent sur l’étang et nagent résolument, comme s’ils contrôlaient le territoire. Une autre biche et un hère. Et, toujours les grues volent vers l’amont de la rivière, leurs ailes énormes, battant, se dirigeant vers les champs de maïs. Puis trois dindes passent, un mâle et ses femelles.  Quelques grues de plus – certaines volant dans la direction opposée – solitaires et lançant leurs tristes appels, à la recherche d’un compagnon ou d’un parent disparu. Finalement, tout est calme. Le spectacle est terminée pour ce matin.

02 Crane BCU #4 impJour 5 Nous avons passé quelques heures dans l’après-midi, Tom et moi, espérant voir une grue blanche. Nous sommes passés devant d’interminables champs de chaume de couleur paille, des terres humides drainées et des pivots centraux d’irrigation menaçants. Nous avons vu beaucoup de grues de Canada à la recherche de maïs. Pourtant, pensai-je, tous les champs ont dû être fouillés et retournés, encore et encore et encore ? Tant d’oiseaux affamés. Comment est-il possible qu’il reste du grain ? Et qui a décidé dans quelle direction voler ce matin-là, et quels champs chercher ? Mystères de grue.

Snow geese and Sandhill Cranes in Bosque del Apache National Wildlife Refuge, New Mexico

Flashback : L’année dernière, il y a eu une soirée extraordinaire – je pense que c’était la meilleure JAMAIS vécue – et ce n’est pas peu dire ! Suivez-moi dans mon souvenir alors que je marche avec Tom, Dan Miller et Susana le long du sentier depuis le chalet jusqu’à notre lieu d’observation préféré. Nous arrivons et nous nous asseyons où nous pouvons regarder le long de la rivière vers le coucher du soleil. Il y a des nuages très sombres au-dessus de nos têtes et le léger grondement du tonnerre. À l’horizon, il y a une petite ouverture dégagée entre la terre et les nuages, le seul endroit où la lumière du soleil couchant illumine l’eau. Et au fur et à mesure que le soleil descendait, le jaune s’est transformé en or, puis en un rouge étonnant. C’était comme un incendie qui illuminait la terre et la rivière. Sur ce ciel, les grues sont arrivées en volant, la plupart du temps en groupes d’une quinzaine, quelques groupes familiaux – trois ou quatre. De plus en plus de grues volaient à travers le coucher du soleil – des milliers d’entre elles, leurs ailes blanches argentées contre le ciel bleu-noir. Bientôt, le bruit de leur vocalisation est partout autour de nous. Pendant ce temps, le tonnerre s’approche de plus en plus près, puis la foudre apparait – des éclairs brillants et des éclairs fourchus de chaque côté. Certains des coups de tonnerre sont juste au-dessus de nos têtes. Les grues semblent perturbées – elles s’envolent du perchoir et nous dépassent en amont, tournoyant et revenant. Nous sommes tous impressionnés.  Et puis, annoncé par un énorme coup de tonnerre, il commence à pleuvoir. D’énormes gouttes froides tombent de plus en plus vite. Ce n’est pas seulement une petite averse, c’est une pluie torrentielle.  Nous retournons à un feu de bois, un verre de vin, un dîner tout simple. Chacun avec un souvenir qui durera pour toujours.

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A propos de l'auteur

Le Jane Goodall Institute France, c'est une équipe d'hommes et de femmes dévoués qui transmettent le message et les valeurs du Dr. Jane Goodall en oeuvrant à a protection de la biodiversité et des grands singes, notamment des chimpanzés. Notre but ? Trouver des solutions a l'impact de l'activité humaine et accompagner les populations vers un mode de vie eco-responsable, car il est possible d'agir à son échelle pour sauver notre planète. Comme le dit Dr Goodall, « Tout ce que vous faites a un impact. A vous de choisir quel impact vous voulez avoir »

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