JANE S’EXPRIME : LE DAKOTA ACCESS PIPELINE – LES PROTECTEURS INDIGÈNES DE L’EAU SACRÉE FIXENT LA LIMITE

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L’oléoduc

Il est intéressant de constater qu’à l’ère des messages unifiés pour être utilisés sur les réseaux numériques, les campagnes pour la justice développent souvent des slogans courts et « accrocheurs ». Ces phrases fournissent une pierre angulaire pour des voix unifiées et un engagement répété envers une cause – le son de gens qui se battent ensemble, s’appuyant sur de plus en plus de voix, alors que ces voix pourraient autrement être noyées. « No Dakota Access Pipeline », ou #NoDAPL (Non à l’oléoduc Dakota Access), a émergé comme une réponse à des milliers de voix réduites au silence et elle a été entendue.

Ce terme désigne les efforts sans limite menés par les Sioux de Standing Rock du Dakota du Nord, par d’autres populations des Premières nations et des alliés non autochtones pour empêcher la construction de l’Oléoduc de Dakota Access. Il s’agit d’un appel pour empêcher que leurs terres soient utilisées pour un oléoduc qui traverserait 1.825 kilomètres sur lesquels on trouve des sites sacrés ainsi des sources d’eau de la rivière Missouri et du lac Oahe. Le projet est un auxiliaire du projet Energy Transfer Crude Oil qui s’est trouvé à inclure cet « accès », intitulé plutôt ironique dans la mesure où ceux qu’il impacte le plus en ont si peu bénéficié au cours de l’histoire américaine et qu’ils n’en perdraient que davantage en raison de sa création. C’est une prise de position contre toutes ces choses et au-delà, c’est un appel à l’espoir face à la destruction de l’environnement, au rejet des droits des Amérindiens et à la montée des « failles » gouvernementales qui menacent l’eau, les moyens de subsistance et la dignité de millions de personnes.

Photo by Desiree Kane | Yesmagazine.org

Photo par Desiree Kane | Yesmagazine.org

Le pipeline

Les peuples autochtones, les alliés et les environnementalistes ne voulaient pas permettre que cela se produise. DAPL, également connu sous le nom de Bakken Pipeline Project, a été approuvé par le Corps d’ingénieurs de l’armée américaine le 27 juillet 2016.  Ce pipeline allait transporter 470.000 à 570.000 barils de pétrole brut par jour du Dakota du Nord, à travers le Dakota du Sud, puis l’Iowa vers l’Illinoisavant d’être transportés vers des marchés plus importants à travers le Midwest et la côte Est. Après les échanges de l’année dernière et l’arrêt de la création de l’oléoduc Keystone XL, l’évaluation des conditions environnementales susceptibles de nuire à des centaines, voire à des milliers d’écosystèmes et de personnes était une priorité absolue pour les peuples autochtones et les militants environnementaux. L’oléoduc Keystone était considéré comme un risque important pour l’écosystème fragile de la région des Sandhills du Nebraska; respectivement, le DAPL pourrait se déverser dans des sources d’eau importantes pour des millions de personnes – ce qui pourrait avoir des conséquences terribles pour le fleuve Missouri – et se trouverait à moins de deux kilomètres de la réserve de Standing Rock.

Ces oléoducs ont contourné les indispensables déclarations d’impact sur l’environnement de la Loi sur la politique nationale de l’environnement. De plus, ce projet a utilisé une « faille » dans la Loi sur l’eau saine, dans la mesure où le Corps d’ingénieurs de l’armée américaine a examiné plusieurs centaines de cours d’eau et l’effet de l’oléoduc sur chacun d’entre eux en tant que petits projets indépendants, au lieu de les envisager comme une vaste structure uniqueC’est une façon tout à fait inexacte d’évaluer l’effet de cet oléoduc sur l’environnement, et c’est un facteur important qui explique pourquoi la construction a avancé malgré les protestations et les risques.

« La controverse sur Keystone XL a vraiment été un tournant. Depuis, nous avons vu le Corps d’ingénieurs de l’armée américaine, en particulier, et d’autres organismes approuver les oléoducs les uns après les autres, sans aucune déclaration d’impact sur l’environnement. C’est ce qui s’est passé ici. » – Doug Hayes, avocat au Sierra Club (Huffington Post, en anglais).

Les répercussions

Les déversements de pipelines sont beaucoup trop fréquents, malgré les déclarations « officielles » concernant la réduction des risques. Un déversement de pétrole à Kalamazoo, au Michigan, s’est répandu pendant 17 heures avant d’être détecté. Au cours des trois dernières années, il y a eu plus de 200 déversements de pétrole brut. Rien qu’en 2012-2013, il y a eu 300 ruptures d’oléoducs dans l’État du Dakota du Nord. 184.982 barils de liquides dangereux ont été déversés entre 1995 et 2015, selon les données de l’Administration fédérale de la sécurité des pipelines et des matières dangereuses.

 

via NPR

via NPR

Des groupes amérindiens, des alliés, des militants écologistes et des célébrités se sont réunis pour dire non au Dakota Access Pipeline et à la possibilité que leurs terres sacrées soient détruites et leur eau polluée avec ce projet et les risques de déversement. En avril, les membres de la tribu de Standing Rock ont campé près du site de construction proposé et le mouvement est devenu « plus grand que la plupart des petites villes du Dakota du Nord ». Les voix de ces personnes ont été entendues sur les réseaux sociaux (La cinquième raison d’espérer de Jane) et au-delà. Malgré des affrontements violents, comme ceux de début septembre, les peuples de Standing Rock continuent de défendre pacifiquement leurs droits comme des « protecteurs ». Une réponse à cette lutte est également arrivée en septembre, quand l’administration Obama a annoncé que les travaux sur le projet seraient interrompus. 

L’Espoir

En tant que messagère de la paix des Nations Unies, défenseur des droits des autochtones, protectrice des ressources naturelles et de l’environnement, Jane Goodall avait ceci à dire de la situation et des efforts des Sioux de Standing Rock :

Au cours des dernières semaines, la protestation pacifique des Sioux de Standing Rock dans le Dakota du Nord a paisiblement donné l’exemple d’un engagement civique efficace.  Bien que leur protestation ait reçu une réponse violente, je félicite les Sioux de s’en tenir à leurs principes pacifiques.

Les Sioux de Standing Rock protestent contre le Dakota Accès Pipeline parce qu’il traverse leurs terres sacrées et menace l’approvisionnement en eau de leur communauté. Je les félicite d’avoir fait preuve de fermeté. Je félicite également le président Obama pour avoir suspendu la construction du pipeline jusqu’à ce que ces risques puissent être pleinement évalués.  Il est important de se rappeler, cependant, que cette situation est temporaire.  Nous devons nous tenir aux côtés des Sioux et des nombreuses autres nations amérindiennes qui se sont présentées pour s’assurer que cette voie soit fermée à l’oléoduc pour de bon.

Il m’est impossible de faire cette déclaration sans parler de la nécessité absolue de réparer les torts causés aux communautés amérindiennes dans l’ensemble des États-Unis.  J’ai été émue d’apprendre l’hospitalité que les Sioux de Standing Rock ont offert à tous ceux qui sont venus soutenir leur manifestation pacifique.  D’après ce que j’ai compris, il s’agissait du plus grand rassemblement de communautés amérindiennes des États-Unis jamais organisé.  Ces manifestants, de toutes les couleurs et de toutes les croyances, ont été accueillis par les Sioux qui ont fourni nourriture, abri et communauté à tous ceux qui sont venus. J’ai trouvé cette chaleureuse hospitalité typique des communautés amérindiennes à qui j’ai eu le privilège de rendre visite. Mais on ne peut pas rencontrer autant de générosité – donnée si librement et à partir d’une position d’un tel besoin – sans parler aussi des injustices fondamentales avec lesquelles ces communautés vivent au quotidien.

Il est temps pour nous tous de nous joindre aux Sioux de Standing Rock et de défendre tous ceux qui sont opprimés et marginalisés par les intérêts, à court terme, du profit au détriment, à long terme, du monde que nous partageons tous.

– Dr Jane Goodall

via Buzzfeed

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Pour certains, l’idée de l’eau et son accès, ainsi que la terre et le respect peuvent sembler indiscutables. Pour les Amérindiens et les autres peuples autochtones, il s’agit d’une bataille constante. Il est évident que le comportement humain peut parfois être égocentrique, mais il est aussi évident que, plus que jamais et en s’appuyant sur les voix reliées par les réseaux sociaux, il y a une étincelle d’espoir pour la coopération. Il y a de l’espoir, comme en témoignent les millions de personnes qui défendent ce qu’elles croient, qui défendent les droits de ceux qui font partie d’un groupe et d’autres groupes marginalisés, qui travaillent ensemble pour faire une énorme différence. Il pourrait y avoir d’autres tentatives pour cet oléoduc et d’autres semblables dans l’avenir – ainsi que probablement des milliers d’autres projets préjudiciables dans le monde entier. Cependant, lorsque nous continuons à faire ce que nous croyons, nous pouvons vraiment protéger notre bien-être, celui des autres et celui de notre planète.

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A propos de l'auteur

Le Jane Goodall Institute France, c'est une équipe d'hommes et de femmes dévoués qui transmettent le message et les valeurs du Dr. Jane Goodall en oeuvrant à a protection de la biodiversité et des grands singes, notamment des chimpanzés. Notre but ? Trouver des solutions a l'impact de l'activité humaine et accompagner les populations vers un mode de vie eco-responsable, car il est possible d'agir à son échelle pour sauver notre planète. Comme le dit Dr Goodall, « Tout ce que vous faites a un impact. A vous de choisir quel impact vous voulez avoir »

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