J’ÉTAIS L’ÉLÈVE DE JANE GOODALL : LA VÉRITABLE HISTOIRE DERRIÈRE LE LIVRE ‘FOLLOWING FIFI’.

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Imaginez-vous, comme vous devez souvent le faire, accroupi à côté d’une jeune Jane Goodall au milieu de la végétation des forêts de Gombe, à écouter le bruit des feuilles écrasées dans les mains semblables aux nôtres de nos plus proches parents, les chimpanzés sauvages. Pour John Crocker, ce n’est pas un exercice d’imagination, c’est l’histoire de sa vie. Dans sa jeunesse, John Crocker est devenu l’élève du Dr Jane Goodall, observant les familles de chimpanzés maintenant internationalement connues de Gombe à toute heure afin d’obtenir un aperçu complet des comportements de nos cousins grands singes. La vision profonde et inestimable obtenue à partir d’à peine huit mois de recherche s’est révélée formidable et a façonné son travail, de même que sa vie à jamais.

L’expérience était incroyable pour plusieurs raisons, y compris le temps précieux passé aux côtés de Jane et des chimpanzés, mais aussi pour la contribution apportée à l’étude à long terme de l’Institut Jane Goodall sur les chimpanzés sauvages à Gombe. Le travail à Gombe, qui s’étend sur près de 60 ans, l’une des études sur les mammifères sauvages les plus longues au monde, est toujours en cours. Pour Crocker, le temps passé avec Jane et les chimpanzés sauvages n’était pas qu’une question d’acquérir des connaissances remarquables sur leur vie mais aussi de savoir comment devenir un meilleur être humain et aider à créer une meilleure société, ce qu’il explore dans son livre, Following Fifi.

Lisez notre interview avec John ci-dessous :

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Ashley Sullivan : Qu’avez-vous appris des chimpanzés que vous avez ensuite appliqué à votre vie et comment pensez-vous que les autres pourraient faire de même ?

John Crocker : J’ai appris l’importance de la patience. Les mères de chimpanzés sont très patientes avec leurs petits, ce qui permet au primate en développement d’apprendre la survie et les comportements sociaux dans un environnement proche et calme. En élevant mes deux fils, je me rappelais constamment la tolérance et l’attitude rassurante de Fifi (l’un des chimpanzés de Gombe). J’ai aussi appris l’importance de tisser des liens solides et durables entre parents et enfants, car ces liens tant chez les chimpanzés que chez les humains perdurent jusqu’à l’âge adulte et la vieillesse.

Les chimpanzés mâles m’ont appris l’importance d’être physiquement actif pour contrer les poussées d’adrénaline qui surviennent dans les situations stressantes que nous rencontrons tous les jours. Ceci est crucial pour la santé globale; j’ai vu comment le mâle alpha Figan, après avoir été stressé ou agité, pouvait rapidement restaurer chez lui-même un état de calme en chargeant (en courant à toute vitesse), puis en se relaxant avec un toilettage et des étreintes rassurantes d’autres chimpanzés.

En tant que médecin, j’ai aussi acquis une meilleure compréhension de l’anxiété, de la dépression et du trouble déficitaire de l’attention (TDA/TDAH) du point de vue de l’évolution, d’après mon étude des familles de chimpanzés à Gombe. Par exemple, Frodo présentait des caractéristiques classiques du TDA/TDAH mais était dans le même temps un mâle alpha à succès en raison de certains de ces traits. Autre fait intéressant, le Dr David Hamburg, qui a conseillé plusieurs anciens présidents en matière de contre-terrorisme, en a appris davantage à propos de l’agression humaine à travers sa compréhension de l’agression de primates non humains, y compris par le biais des études sur les mâles de Gombe.

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Jane Goodall avec Figan, Flo, Flint et Fifi à Gombe.

AS : Avec le nouveau documentaire JANE de Brett Morgen, beaucoup de gens ont une vision de ce à quoi Jane Goodall ressemblait vraiment et comment elle a vécu Gombe comme un endroit magique qui a vraiment changé sa vie. Qu’avez-vous le plus appris de la jeune Jane Goodall et pourquoi pensez-vous que son histoire et celles des chimpanzés sont si importantes à partager ?

JC: Jane était détendue à Gombe. La voir considérer toute la nature qui l’entoure et se sentir chez elle dans la forêt était une leçon en soi. J’ai appris l’importance d’avoir un lien solide avec notre environnement naturel tout au long de la vie. Dans ma pratique médicale, j’ai utilisé cette notion pour encourager mes patients, surtout en période de stress, à sortir dans les montagnes, les bois ou les parcs de la ville pour trouver le calme et la beauté. J’ai appris comment la survie de l’homme dépend de notre souci de tous les êtres vivants dans notre environnement, et compris l’interconnexion cruciale des écosystèmes de la terre, et la nécessité de les protéger. Les histoires de chimpanzés nous permettent de nous voir nous-mêmes dans nos cousins vivants les plus proches et nous motive à trouver notre but unique dans la vie pour faire une différence. La persévérance de Jane m’a également incité à continuer d’écrire le livre, même lorsque la tâche me semblait insurmontable.

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Fifi et son bébé

AS : Qu’est-ce qui vous donne de l’espoir en termes de ce que nous pouvons apprendre des chimpanzés et ce que nous pouvons faire pour construire un monde plus harmonieux pour les chimpanzés, les autres espèces et entre les humains ?

JC : Après avoir appris des chimpanzés, j’ai l’espoir que la collaboration et la résolution de problèmes seront plus valorisées dans la société humaine, et qu’elles seront mises en œuvre plus largement, surtout à ce moment de l’histoire. « Se frapper la poitrine » pour montrer qui est le patron n’est plus efficace. Richard Wrangham, professeur de biologie évolutionnaire à Harvard, a étudié les chimpanzés mâles de Gombe pendant que j’y étais. Dans son livre Demonic Males (« Males démoniaques »), il décrit comment les hommes ont probablement hérité de tendances à l’agressivité et à la violence de nos ancêtres similaires aux chimpanzés il y a cinq millions d’années. Il soutient que puisque ces comportements ne sont plus bénéfiques pour la survie humaine aujourd’hui, encourager plus de femmes à diriger serait bénéfique, car leur génétique a probablement été façonnée de façon générale pour faciliter plus la collaboration et moins la violence. En outre, parvenir à une plus grande égalité entre les sexes en matière de leadership est nécessaire pour introduire un plus grand nombre de points de vue et d’expériences qui influenceront notre gouvernance et notre réflexion pour un monde plus harmonieux.

Pour notre survie, il incombe à l’espèce humaine, avec son gros cerveau et sa technologie, de créer des politiques et des pratiques fondées sur la science et les preuves pour aider à réduire l’impact de l’activité humaine sur toutes les espèces avec lesquelles nous partageons la planète.

John Crocker pratique la médecine familiale à Seattle depuis trente-cinq ans. Il a fréquenté l’Université de Stanford, où il a rencontré Jane Goodall. Il a reçu son doctorat en médecine de la Case Western School of Medicine à Cleveland. Le Dr Crocker est un conférencier populaire sur le comportement des primates et a écrit pour le Huffington Post au sujet des leçons apprises de nos plus proches parents vivants. Son premier livre, Following Fifi, décrit comment ses connaissances acquises à Gombe ont eu un impact sur le reste de son travail et de sa vie, et sur ce que nous pouvons tous tirer de ces résultats.

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A propos de l'auteur

Le Jane Goodall Institute France, c'est une équipe d'hommes et de femmes dévoués qui transmettent le message et les valeurs du Dr. Jane Goodall en oeuvrant à a protection de la biodiversité et des grands singes, notamment des chimpanzés. Notre but ? Trouver des solutions a l'impact de l'activité humaine et accompagner les populations vers un mode de vie eco-responsable, car il est possible d'agir à son échelle pour sauver notre planète. Comme le dit Dr Goodall, « Tout ce que vous faites a un impact. A vous de choisir quel impact vous voulez avoir »

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