DR GOODALL S’EXPRIME SUR LA CHASSE AU TROPHÉE DES GIRAFES

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La girafe abattue par la texane Tess Thompson Talley était particulièrement remarquable comme trophée en raison de sa couleur noire inhabituelle. C’était aussi un être pensant, émotionnel. Nous ne pouvons pas imaginer ce qu’il a vécu au cours de ses quelques 18 années. Mais il avait sans aucun doute été élevé par une mère attentionnée et il appréciait sûrement la compagnie des autres jeunes du groupe. À mesure qu’il grandissait, il a également dû s’engager dans de nombreux combats de tête (« necking » en anglais) avec d’autres mâles. S’il avait fait partie d’une étude, ou été un animal connu des rangers, il aurait été facile à identifier de par sa couleur inhabituelle, et aurait presque certainement reçu un nom – comme Black Beauty pour correspondre à sa couleur, ou un nom pour correspondre à sa personnalité. Avait-il une personnalité ? Bien sûr. Aujourd’hui, les informations scientifiques s’accumulent pour « prouver » ce que la plupart d’entre nous savons – que les individus de toutes sortes d’espèces différentes possèdent certainement des personnalités individuelles propres. Cette belle girafe – je la considère désormais comme Black Beauty – n’aurait pas fait exception à cela.

En déclarant que Black Beauty était un vieux mâle, que les ressources étaient rares et qu’il prenait de la nourriture aux jeunes mâles, Tess Talley tente ainsi de justifier son acte. Bien que Black Beauty ait peut-être bien profité de sa vie, en ayant survécu aux dangers de la prédation et de la maladie et en passant de l’activité sexuelle de la jeunesse induite par l’hormone à une existence plus paisible. Il aurait cependant pu vivre encore six ou sept ans, mais sa vie s’est brutalement terminée et il a été réduit à 1.000 kilogrammes de viande, comme Mme Talley le prétend fièrement. Elle la décrit ainsi comme la « chasse de ses rêves ». Elle pose avec le corps sans vie de la girafe avec une expression de joie et de fierté sur son visage que je ne comprends pas du tout. Va-t-elle accrocher sa tête sur son mur ? Je me le demande. Ou alors va-t-elle étaler sa peau sur le dos d’un canapé ? En faire un couvre-lit ? Quid de la peau de ce cou long et gracieux ? Quid de la peau de ses longues et gracieuses jambes ? Peut-être, et comme je l’ai vu faire une fois avec totale horreur, elle installera l’intégralité du corps de Black Beauty. Il y aura les jambes et le torse sur un étage tandis que le cou et la tête sortiront du plancher de la pièce du dessus.

Dans le domaine de la chasse « sportive », il y a plusieurs questions très différentes. La première est le gain économique – les gouvernements ou les organismes qui autorisent cette chasse, prétendent qu’elle apporte des revenus nécessaires qui aideront à soutenir la conservation. C’est l’argument des gouvernements africains qui encouragent la chasse « sportive ». Et c’est l’argument des pourvoyeurs qui organisent les chasses pour leurs clients. Au final, on m’a avoué que seul un faible pourcentage de ces fonds sert habituellement à la conservation.

Deuxièmement, nous devons remettre en question la motivation du chasseur. On entend généralement dire que la chasse est un moyen de contrôler les populations. Le sportif qui chasse le cerf aux États-Unis empêche la surpopulation et l’excuse pour chasser le grizzli, le couguar et le loup est de protéger le bétail et/ou de maintenir un écosystème équilibré. Il y a encore des gens qui dépendent de la chasse pour se nourrir. Mais les Amérindiens, les Inuits et ainsi de suite, tous respectent profondément les animaux qu’ils chassent et utilisent jusqu’au dernier morceau du cadavre. C’est très différent du chasseur « sportif » qui prétend généralement que ce n’est pas la mise à mort de l’animal qui est le but, mais bien le frisson de la chasse elle-même. Tess Talley se targue ainsi que la « chasse de ses rêves » impliquait une longue période de harcèlement au préalable. Mais si ce sentiment est véritable, il serait sûrement tout aussi excitant de traquer un animal et de tirer sur la cible, non pas avec un fusil, mais avec un appareil photo. Et si la cible est un lion, un rhinocéros ou un éléphant et que le chasseur est à pied, il y aurait le défi supplémentaire de s’éloigner en toute sécurité par la suite. Une telle photo serait en effet un trophée digne d’être accroché au mur et de s’en vanter ! Mais non – pour le chasseur « sportif », la photo commémorative montrera le fier chasseur posant avec le corps de la victime.

J’ai vraiment essayé d’imaginer comment il était imaginable de se sentir fier et exalté lorsque l’on tue un bel animal – je n’y arrive absolument pas. Les girafes sont vraiment magnifiques. Et qui plus est, elles sont en danger.

« La plupart des gens – y compris les défenseurs de la nature – ignorent que ces animaux majestueux sont en train de disparaître silencieusement « , a déclaré Julian Fennessy, coprésident du groupe de spécialistes de la girafe et de l’okapi de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature). Le nombre de girafes est passé de plus de 160.000 en 1985 à un peu plus de 97.000 l’an dernier. Elles ont déjà disparu de 7 pays africains où elles évoluaient autrefois. La perte et la fragmentation de l’habitat, la croissance de la population humaine, le pâturage du bétail, le commerce de la viande de brousse et le changement climatique sont les principaux problèmes, mais la chasse « sportive » a joué un rôle (CNN).

D’une manière ou d’une autre, il semble particulièrement choquant de voir quelqu’un pratiquer la chasse « sportive ». Tess Talley n’est pas la seule – récemment, Aryanna Gourdin de l’Utah a été montrée en train de poser fièrement à côté du corps affaissé d’une girafe qu’elle avait abattue. Et nous nous souvenons tous de la tragédie de Cecil et de son fils. Pas étonnant qu’il y ait tant de violence dans le monde.


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L’Institut Jane Goodall est un organisme communautaire mondial de conservation qui fait progresser la vision et le travail de Jane Goodall. En protégeant les chimpanzés et en incitant les gens à conserver le monde naturel que nous partageons tous, nous améliorons la vie des gens, des animaux et de l’environnement. Tout est lié – tout le monde peut faire une différence.

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A propos de l'auteur

Le Jane Goodall Institute France, c'est une équipe d'hommes et de femmes dévoués qui transmettent le message et les valeurs du Dr. Jane Goodall en oeuvrant à a protection de la biodiversité et des grands singes, notamment des chimpanzés. Notre but ? Trouver des solutions a l'impact de l'activité humaine et accompagner les populations vers un mode de vie eco-responsable, car il est possible d'agir à son échelle pour sauver notre planète. Comme le dit Dr Goodall, « Tout ce que vous faites a un impact. A vous de choisir quel impact vous voulez avoir »

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